Le grand match opposant les deux meilleures nations de l'hémisphère nord a eu lieu hier dans le cadre d'une demi-finale de coupe du monde. Comme en 2003 c'est l'Angleterre qui s'est imposé de justesse cette fois-ci. Encore une fois la France n'est pas capable de confirmer après un exploit : victoire contre la meilleure équipe du monde et défaite rageante en déjouant contre l'Angleterre. On savait ce match tactique et les coups de pied y ont eu une importance toute particulière. Le premier essai anglais, dès la 1ère minute vient d'une erreur de Traille sur un coup de pied. C'était à craindre et c'est arrivé : Traille excellent face aux Blacks a été beaucoup plus hésitant et ses montées pas très bien senties dans l'alignement ont failli causer des contres attaques meurtrières. A l'inverse, Beauxis qui n'avait pas été transcendant la semaine dernière a cette fois-ci été indispensable par son jeu au pied, précis et puissant. Tant qu'il a été sur le terrain, la France a assez bien maîtriser le match sans vraiment le dominer pour autant. Autre joueur très en vu, Clerc a quasiment été le seul avec Jauzion à faire des différences individuellement. La déception est amère parce que le XV de la rose a fait exactement ce qu'on attendait de lui mais on n'a pas pu les empêcher de nous doubler sur le fil. Là où l'on aurait dû se mettre à l'abri pendant les 60 premières minutes, on est toujours resté, non seulement à portée d'essai mais aussi à portée de drop ou de pénalité. On l'a payé cher et on savait que contre ce type de jeu on le paierait. Certains évoquent des joueurs français incapables de changer de système de jeu et de concrétiser. Si l'on ne peut pas nier la défense acharnée des anglais, on peut tout de même se plaindre des deux mêlées à 5 mètres qui se sont soldées par aucun point. Si Henry manquait deux pénaltys dans un match de football contre l'Italie on lui en voudrait et on aurait raison. Ces mêlées équivalent presque à des penaltys de football dans un match aussi serré que ce type de match. Une pénalité pour un placage haut ni vraiment volontaire, ni dangereux sur Robinson, un drop assassin de Wilkinson, la France craque au plus mauvais moment. La timide réaction de dernière minute n'y changera rien. La France s'incline encore face à son rival de toujours. LA FRANCE NE JOUE PLUS : On reproche logiquement aux bleus de ne pas avoir produit plus de jeu, plus joué au large, où la différence semblait faisable. Cependant Serge Simon posait, aujourd'hui sur RMC, la question d'un plan B : l'équipe de France était-elle capable de fournir un autre jeu que celui fourni ? On est en droit de se poser la question tant les bleus ont paru incapables de mettre en place des combinaisons, d'envoyer des ballons sur l'aile, d'accélérer le jeu. Peut-être a-t-il manqué un leader sur le terrain capable de mettre en marche un jeu offensif, de dire à ses partenaires « maintenant on joue tous les ballons et on les va les faire plier ». Et la France avait largement de quoi faire plier le XV de la rose. La vision de jeu de Skrela, la puissance de Rougerie, la malice de Mignoni auraient pu changer l'issue de ce match. Facile de faire ce genre de supposition après le match mais Skrela avait le profil parfait pour un match de ce genre : joueur revanchard, complet techniquement, très intelligent dans ses choix. J'avais déjà évoqué ma préférence pour Rougerie par rapport à Heymans dans un billet précédent et la performance du toulousain tend à me donner raison. Bernard Laporte rappellait la satisfaction d’avoir quand même battu la meilleure équipe du monde… il n’était sûrement pas le seul à être resté bloqué la semaine dernière. LA VICTOIRE DE LA DEFENSE : Dans cette coupe du monde bizarre, trois des quatre équipes qui jouent le mieux et le plus au rugby (Nouvelle Zélande, Australie, France) ont déjà été éliminé. La France avait sorti les Blacks en les prenant en contre mais dans un match sublime par son intensité et les initiatives prises. Hier la France est sorti dans un match beaucoup plus terne, presque ennuyeux tant les joueurs se sont regardé au lieu de provoquer. Jacques Verdier, directeur des rédactions de Midi Olympique, désire déjà entamer le débat sur les règles du rugby parce que voir l'Angleterre en finale et peut-être l'Argentine, cela prouve clairement que le rugby de mouvements, de passes rapides, de balle en main est aujourd'hui en péril. Fabien Galtié, dans Stade 2, souligne également des changements de règles datant de 1999 qui permettent aux défenses de se replacer plus rapidement. Tous ceux qui aiment le beau rugby sont donc derrière l'Afrique du Sud, seule nation du tri nations encore en lice, seule nation du tri nations capable de gagner un match avec son pack au besoin (cf Afrique du Sud – Fidji). TF1 devait déjà se frotter les mains à l'idée d'une revanche France-Argentine en finale. Espérons alors que ce sera plutôt la revanche du 36-0 infligé par l'Afrique du Sud à l'Angleterre plutôt qu'un Argentine-Angleterre qui s'annonce sans saveur.
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Bernard Laporte et le staff de l'équipe de France ont reconduit les 22 qui ont battu les Blacks, samedi dernier. Pas vraiment de surprise donc même si beaucoup attendaient Michalak en titulaire. L'ex ouvreur de Toulouse a été décisif dans le match contre la Nouvelle Zélande en offrant l'essai de la victoire à Jauzion, mais Bernard Laporte semble plus le considérer comme un joker et le match de la semaine dernière semble lui donner raison. Dure coupe du monde pour David Skrela, il n'a joué que le match perdu contre l'Argentine et ne figure toujours pas dans le groupe qui jouera l'Angleterre. Lui qui avait emmené les bleus vers la victoire du tournoi des 6 nations il y a quelques mois ne semble pas être dans les plans du sélectionneur. Malgré sa très mauvaise performance contre les Pumas, le joueur du stade français a été très constant cette saison et il pourrait jouer en premier centre faisant passer Jauzion en second centre, remplaçant un David Marty percutant mais pas irréprochable en défense. LA STRATEGIE D'ATTENTE : Ce qui paraît bizarre avec le XV qui sera titulaire c'est que l'on semble se diriger vers une stratégie similaire à celle jouer contre les Blacks en première mi-temps : beaucoup de jeu au pied, du gagne terrain et du jeu uniquement dans le camp adverse. Contre les Néo-Z, cette tactique avait permis de limiter la casse à la mi-temps ; c'était indispensable pour rester dans le match et se donner les moyens de faire douter les joueurs de Graham Henry en deuxième mi-temps. Contre les anglais on sait d'avance que l'on ne se retrouvera pas à 25 ou 30 points à la pause puisque ce n'est pas une équipe très joueuse. Le bénéfice d'une stratégie d'attente en première période est donc quasi nul. Peut être que les consignes seront alors différentes malgré les mêmes joueurs alignés : Beauxis est aussi capable de faire joueur, d'accélérer le jeu, de percer même s'il est catalogué comme un pied, Traille pourrait profiter de sa taille (1.94 m tout de même !) pour lancer des chandelles à suivre plutôt que de chercher les touches systématiquement. De même Clerc et Heymans ne se sont pas vraiment exprimé balle en main samedi dernier alors qu'ils ont tous deux des qualités d'appui, de débordement qui donneront des possibilités de relances ou de jouer des ballons côté fermé. Heymans ne me paraît cependant pas être le meilleur choix d'ailier : dans le même registre de joueur puissant et rapide, Rougerie a une meilleure capacité à percer une défense resserrée comme risque de l'être celle des anglais. En ce qui concerne les avants, les vétérans Ibanez, De Villiers et Pelous ont semblé dépassés dans l'intensité physique face à des Blacks maîtres en ce domaine. Cependant leur expérience pourrait être un plus dans un match qui s'annonce plus tactique que guerrier. Si cela n'était pas le cas, Szarzewski, Poux, Harinordoquy et notre Chabal national se chargeraient de remettre de l'intensité dans les impacts comme ils l'ont fait en rentrant contre les Blacks.
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Tout le monde attendait ce match France Nouvelle Zélande. Il était prévu pour la finale mais en rugby il y a toujours des surprises en encore plus en coupe du monde que dans les autres compétitions. Première surprise dès le premier match de la coupe du monde puisque la France déjoue complètement et s'incline 17-12 dans un stade de France que les argentins du stade français connaissent presque aussi bien que nos bleus. Mais la plus grosse surprise a été de voir cette équipe de France venir à bout des All Blacks dans un match avec une tension presque insoutenable. Le plan de jeu de la France si critiqué qui consistait dans un premier temps à repousser les blacks au pied n'a peut être pas permis de faire la différence mais a au moins eu le mérite de laisser les bleus avec un écart réduit à la pause (13-3). On sentait cette équipe de France capable sur les rares attaques portées de la première mi-temps (très bon premier temps de jeu conclu par un drop manqué de Traille). Le jeune prodige Beauxis, aligné malgré les critiques, perd son duel à distance face à Carter lors des 40 premières minutes justifiant l'avance des néozélandais. Les All Blacks se sont laissé surprendre par le changement de stratégie du XV français en deuxième mi-temps. On savait Jauzion capable de beaucoup mieux que ce qu'il avait fait en match de poule, il a confirmé qu'il est bien l'un des cinq meilleurs centres du monde avec une performance exceptionnelle défensivement bien sûr mais offensivement enfin ! En effet le toulousain est omniprésent dans la finition du premier essai français : il adresse une très longue sautée à Thion qui créé un temps de jeu, puis Jauzion positionné en 9 pour réoriente le jeu grand côté. Après un autre ruck sorti par Elissalde, Jauzion lance une passe tendue qui saute Chabal pour Clerc celui-ci sert Dusautoir bien lancé qui échappe au placage et libère la France. L'orientation du jeu du tandem Jauzion-Elissalde a été parfaite sur cette action : un point de fixation au large à gauche, une ouverture grand côté pour se retrouver avec deux cotés disponibles, une ouverture puis deux passes rapides sur le côté en surnombre, du grand art. La France fait subir à Graham Henry sa 6ème défaite pour 42 victoires avec les « tout noirs ». Mais contrairement à celle subie face à l'Australie dans le dernier Tri Nations, où ses joueurs étaient complètement sortis du match après la mi-temps, là on doit cette surprise à une réaction énorme des bleus et quelques coups du sort. La sortie de Carter, l'essai manqué pour quelques centimètres par Ali Williams et puis pour finir cet en-avant non signalé autant de rebondissements que les coéquipiers d'un McCaw, pas décisif hier soir, ne doivent pas digérer. Ce match a été superbe par l'engagement, le duel permanent, le refus de lâcher des points à l'adversaire (symbolisé par la défense acharnée des bleus qui ne prend pas de points pendant quasiment 10 minutes de temps jeu néozélandais), la qualité technique (essai superbe de Dussautoir ou de So Oialo). Ce match aurait mérité d'être une finale et ce sont probablement les deux meilleures équipes du monde qui se sont affrontés hier pour nous donner l'un des plus beaux matchs de cette coupe du monde. Coupe du monde qui ne réussit pas aux Blacks, chaque fois favoris et qui n'en ont remporté qu'une. C'est même paradoxalement cette année qu'ils étaient peut être le plus favoris depuis 1999 et ce quart de final est le pire résultat pour le « Brésil du rugby » en coupe du monde. Malgré cinq Tri Nations remportés sur les six dernières éditions, les Blacks n'y arrivent toujours pas dans la plus prestigieuse des compétitions internationales. La France confirme que le « French Flair » n'est pas mort et, après des débuts calamiteux, entrevoit maintenant d'aller au bout de cette coupe du monde. Cependant « le match le plus dur c'est toujours le prochain », Laporte n'oubliera pas de le rappeler aux joueurs.
Et puis bien sûr Jauzion est à la conclusion du second essai. Suite à une mêlée tournée libérée dans le fermé par Harinordoquy, Traille fixe deux défenseurs et passe les bras au bon moment mais en avant pour Michalak. Fraîchement entré en jeu la star française fait la différence par son accélération… et sa libération de balle : il cherche extérieur avant de se retourner et de trouver Jauzion seul dans l'axe, celui-ci termine le travail proprement grâce à une prise de balle très sûre. La France est, semble-t-il, allée trop vite pour les Blacks mais aussi pour l'arbitrage puisque ni l'arbitre de touche, masqué par Heymans, ni l'arbitre central, déjà distancé par Traille, ne signalent un en-avant flagrant dont on doit encore parler en Nouvelle Zélande.
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