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Football – Il faut soigner ces Bleus (1)

C'est ce que l'on craignait depuis le premier match contre la Roumanie, la France est éliminée après un passage express à l'Euro. Les Italiens qui nous avaient qualifié pour la phase finale ne sont pas allés jusqu'à nous laisser aller en quart.

La France sort donc par la petite porte avec un Euro faible, un seul but marqué, 6 encaissés en 3 matchs. Aucune victoire. Le bilan chiffré est amer et si l'on s'intéresse au bilan humain il paraît tout aussi désastreux.

Cependant je ne vais pas rentrer dans les détails des relations entre les joueurs et de leurs états d'âme. Après un tel échec il convient tout particulièrement de revenir à ce qu'il s'est passé sur le carré vert pour ne pas polluer ses jugements d'idées fumeuses. L'échec est maintenant avéré et il faut s'en servir pour en dégager les enseignements et voir le travail accompli.

Les systèmes de jeu :

    4-4-2 :

C'est le schéma tactique préférentiel mis en place par Domenech en l'absence de Zidane. Dans ce schéma de jeu, les ailiers jouent un rôle important puisqu'ils doivent faire la différence par leurs débordements ou leurs centres. Il revient alors aux deux pointes de conclure les actions. L'un des deux attaquants a aussi pour rôle de tourner autour de l'autre et d'être en appui de l'ailier porteur du ballon. On a vu ce mouvement en particulier lors des matchs de préparation avec le duo Benzema-Ribery même si celui-ci avait plus tendance à rentrer qu'à déborder.

L'avantage de cette organisation est qu'il offre une belle présence sur toutes les lignes. Défensivement la présence de Toulalan et Makelele offre une assez belle sécurité et les milieux latéraux empêchent les contre-attaques développées sur les ailes.

Le revers de la médaille se situe au niveau de la construction et de l'animation offensive. Avec aucun meneur et des milieux en position d'ailiers ayant des consignes de repli défensif, le jeu part de loin et l'on a du mal à trouver les attaquants. Les milieux latéraux se retrouvent trop bas pour pouvoir délivrer de bons ballons en profondeur et les milieux centraux ne participent pas à la construction. Le moindre rendement de Ribery en ailier, et sa tendance naturelle couvrir toute la largeur, posent également problème avec un schéma de ce genre. Autre crainte lors que l'on joue avec ce système : que les milieux latéraux ne soient pas en forme. S'ils ne parviennent pas à faire la différence, les deux attaquants se retrouvent sevrés de ballons et doivent venir les chercher plus bas. Ce système favorise aussi l'éloignement des lignes

La France a évolué de la sorte face à la Roumanie et a confirmé les limites offensives du 4-4-2 de Raymond Domenech.

    4-5-1 (détaillé en 4-2-3-1) :

C'est le schéma de jeu qu'a choisi Raymond Domenech contre les Pays-Bas et lors des 30 dernières minutes du match face à la Roumanie. Dans cette organisation, on a le retour d'un meneur de jeu combiné au milieu avec deux latéraux et deux centraux pour occuper les tâches défensives. Le sélectionneur français avait plus ou moins été contraint de mettre en place ce schéma lors de la dernière coupe du monde pour utiliser pleinement Zidane en tant que meneur sans pour autant lui imposer de replacements défensifs trop contraignants. Cette fois c'est Ribery qui joue le rôle du 10 avec à ses côtés Govou et Malouda ; qui garde le même poste qu'en 2006.

L'animation offensive se fait de façon plus construite que dans le précédent dispositif. Le meneur peut plus facilement trouver l'attaquant de pointe ou les milieux latéraux dans le dos des défenseurs. Il touche beaucoup de ballon et doit autant participer à la construction (orientation du jeu par les passes, se rendre disponible, fluidifier les transmissions de balle) qu'à la décision (prendre sa chance en frappant, délivrer une passe décisive, éliminer un joueur sur un dribble).

Dans ce système l'équipe de France a paru moins bien en place qu'avec le 4-4-2 habituel. Ce schéma permet une construction plus efficace du jeu en passes courtes. La justesse technique et décisionnelle. Ribery ne semble pas complètement à l'aise dans ce rôle même s'il a fait l'un de ses meilleurs (le meilleur ?) matchs en Bleu en jouant à ce poste, dans les éliminatoires contre l'Italie. Sa capacité à se mettre dans le sens du jeu rapidement et son accélération balle au pied sont efficaces mais le joueur du Bayern manque parfois de feeling au niveau du dernier geste. Henry affectionne ce schéma qui lui donne la place royale de finisseur et d'attaquant sur lequel on s'appuie. Il a profité de cette position contre les Pays-Bas en marquant un but, manquant un duel et obtenant un penalty.

Du point de vue du jeu sans ballon, ce système offre la possibilité d'un pressing plus marqué et exercé en premier ressort par les trois milieux offensifs. Dans la réalité des faits peu de joueurs avaient la capacité à faire un véritable pressing à part Toulalan.


 

Au final les choix tactiques ont peu influé sur la performance des Français. Ceux-ci paraissaient avoir plus de repères en 4-4-2. C'est tout à fait logique puisque l'équipe n'a que rarement joué en 4-5-1 et que Ribery n'est pas un spécialiste du poste de meneur axial même s'il a tout le potentiel pour assurer ce rôle à l'avenir.

Rugby - Le ciel devient rouge


Ça y est! Le Tournoi des 6 Nations s'achève et on peut enfin peindre un portrait du rugby français et européen en période d'après coupe du monde!
Pas vraiment en fait. Ce tournoi a plus ressemblé à une année de transition pour la France et l'Angleterre, même si les deux grands rivaux de ces 10 dernières années concoctent des stratégies assez éloignées avec le même enjeu: devenir la meilleure nation du monde (rien que ça!).
Autre tendance lourde dont je parlais ici même il y a quelques semaines: le retour en grâce du Pays de Galles. Warren Gatland a redonné confiance au rugby Gallois, forcément déçu d'une coupe du monde ratée. Hier ils ont remporté leur 2ème Grand Chelem en 4 ans pour le plus grand plaisir du peuple de Cardiff.

Et emportés par la fougue:

Il est d'abord convenu de revenir sur le match d'hier, qui était décisif pour l'issue du tournoi et pour lequel le staff du XV de France avait choisi de rappeler des "anciens". Avec la charnière de la fin de l'ère Laporte Elissalde-Skrela, la France se rendait à Cardiff pour gagner, dans un premier temps, et ensuite espérer remporter le tournoi. On a eu cette drôle d'impression que les entraîneurs français ont mis entre parenthèses leur dépoussiérage et leur ambition de grand jeu pour tenter de finir sur un bilan positif qui les laisserait à l'abri des critiques.
Mais voilà l'équipe de France a été étouffée par l'étreinte Galloise. Symbole de cette pression subie sur le terrain et par le public, Skrela a eu du mal assurer ses coups de pied. Difficile alors de souffler et d'aller jouer chez les Rouges. Les Bleus maintiennent l'écart stable jusqu'à la mi-temps (9-6) et la vilaine faute d'Henson - qui lui vaut un carton jaune - redonne même l'espoir d'un essai rapide, en début de seconde mi-temps pour mettre le train en marche. Ce sont pourtant les français qui craquent après la pause et non le contraire. Shane Williams profite même d'une perte de balle entre Skrela et Jauzion pour aller marquer un essai assassin alors que le score était alors parfaitement neutre (9-9).
La France ne s'en remettra pas et encaisse même un essai de l'autre Williams, Martyn. Le 3ème ligne était lui aussi un des symboles du renouveau des Dragons, lors du Grand Chelem de 2005. C'est donc bel et bien le Pays de Galles qui remporte ce match avec près de 20 points d'écart (29-12)... ces 20 points de plus que devaient marquer les Bleus pour emporter le tournoi.

Néanmoins la défaite n'est pas du tout surprenante étant donné le comportement de l'équipe de France qui arrivait pour ce dernier match avec très peu de repères. Une victoire à l'envie face à l'Écosse et deux accrochées contre Irlandais et Italiens, sans oublier la leçon de réalisme donnée par l'Angleterre: cela fait peu pour espérer un succès final. Malgré les 11 essais marqués par les coéquipiers de Nallet au cours de la compétition, la France finit à une décevante 3ème place.

Si rien ne bouge...

Évaluer à ce jour le niveau de l'équipe de France est une tâche complexe, mais lorsque l'on voit le travail effectué par Gatland et le spectaculaire rétablissement Gallois, on ne peut que s'interroger sur celui du staff de Marc Lièvremont.
Il est intéressant de voir que chacun a sa chance en équipe de France et cela à chaque match. En revanche la non-valorisation des performances de certains joueurs (Rougerie, Heymans, Bonnaire) paraît plus discutable. De plus Médard, Saubade, voire Caballero ou Courrent semblent avoir été oubliés par les sélectionneurs. Tous ces joueurs auront pourtant moins de 30 ans lors de la prochaine coupe du monde, il est donc tout à fait envisageable de les voir performants à ce moment là.

Plus inquiétant que les choix des joueurs qui prêtent parfois à des polémiques vaines, il est difficile de parler du jeu français. Jeu au pied inexistant en début de tournoi, puis utilisé comme arme offensive contre l'Italie, colmatages pour consolider une mêlée défaillante pendant toute la durée du tournoi, les intentions des Bleus sont encore très brouillonnes. Les seules certitudes concernent la prépondérance du jeu des lignes arrières, l'envie d'avoir une troisième ligne allégée et un ouvreur au profil proche d'un centre.

Un peu comme Paul Le Guen le fait avec le PSG en football, le trio de sélectionneur du XV de France joue la carte du long terme pour se donner du temps. La stratégie a déjà l'intérêt de calmer le jeu: on est maintenant dans l'obligation d'attendre au moins un ou deux ans pour juger véritablement du projet mis en place. Le pari est donc osé et les nombreux croquis dessinés par "Lièvrement and Co." doivent absolument servir à bâtir une équipe et un fond de jeu dans les mois à venir. Après la très bonne période dans le tournoi des 6 Nations sous Bernard Laporte (4 tournois en 8 participations dont 2 Grands Chelems), pas sûr que les amateurs de rugby en France laissent l'Angleterre et le Pays de Galles se disputer le tournoi jusqu'en 2011...

Car le Pays de Galles peut très sérieusement espérer venir titiller les deux meilleures nations du Nord dans les prochaines années. Avec un réservoir de joueurs talentueux et complémentaires parmi lesquels Martyn Williams, Ryan Jones, Shane Williams, James Hook, Gavin Henson, Stephen Jones ou encore Mike Philipps et Tom Shanklin, le XV du poireau a de quoi se replacer comme une nation majeure du rugby mondiale.
Deplus le Pays de Galles a ce petit quelque chose qui rend son rugby savoureux: en 2005 ils remportaient le tournoi en écrasant la compétition avec un rugby champagne, offensif, créatif et ultra joueur; aujourd'hui ils sont à nouveau récompensés mais cette fois-ci pour leur ténacité et leur maîtrise. Toujours tourné vers l'avant et perce-muraille, leur jeu paraît cette année plus construit et prospère qu'il ne l'était en 2005. Avec (au moins) 2 excellents ouvreurs et buteurs que sont Hook et Stephen Jones, l'émulation dans le groupe semble aussi être une nouveauté payante depuis l'arrivée de Gatland. Il faut donc saluer la performance de cette équipe qui a mérité son titre comme elle le méritait il y a 3 ans.

Les choses sont beaucoup plus compliquées pour l'Irlande et l'Écosse. Les premiers étaient tout proches d'un succès de prestige face à la France mais pataugent, dans la lignée d'une coupe du monde complètement manquée. Le "trèfle" doit maintenant faire face à un renouvellement de génération qui semble douloureux et compliqué.
Le XV du "chardon" a bien mal fini ce tournoi avec une courte - mais amère - défaite en Italie (23-20) qui la place au même nombre de points que les "Azzuri". La victoire surprise face à l'ennemi anglais ne cache finalement pas les difficultés récurrentes de l'Ecosse ces dernières années.

Rendez-vous l'an prochain avec - on l'espère - une France toujours aussi joueuse mais plus tranchante et capable de se hisser au sommet de la hierarchie Européene. En attendant si rien ne bouge, le ciel devient rouge...

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Rugby – La France tombe

Le grand match opposant les deux meilleures nations de l'hémisphère nord a eu lieu hier dans le cadre d'une demi-finale de coupe du monde. Comme en 2003 c'est l'Angleterre qui s'est imposé de justesse cette fois-ci.

Encore une fois la France n'est pas capable de confirmer après un exploit : victoire contre la meilleure équipe du monde et défaite rageante en déjouant contre l'Angleterre. On savait ce match tactique et les coups de pied y ont eu une importance toute particulière. Le premier essai anglais, dès la 1ère minute vient d'une erreur de Traille sur un coup de pied. C'était à craindre et c'est arrivé : Traille excellent face aux Blacks a été beaucoup plus hésitant et ses montées pas très bien senties dans l'alignement ont failli causer des contres attaques meurtrières.

A l'inverse, Beauxis qui n'avait pas été transcendant la semaine dernière a cette fois-ci été indispensable par son jeu au pied, précis et puissant. Tant qu'il a été sur le terrain, la France a assez bien maîtriser le match sans vraiment le dominer pour autant. Autre joueur très en vu, Clerc a quasiment été le seul avec Jauzion à faire des différences individuellement.

La déception est amère parce que le XV de la rose a fait exactement ce qu'on attendait de lui mais on n'a pas pu les empêcher de nous doubler sur le fil. Là où l'on aurait dû se mettre à l'abri pendant les 60 premières minutes, on est toujours resté, non seulement à portée d'essai mais aussi à portée de drop ou de pénalité. On l'a payé cher et on savait que contre ce type de jeu on le paierait.

Certains évoquent des joueurs français incapables de changer de système de jeu et de concrétiser. Si l'on ne peut pas nier la défense acharnée des anglais, on peut tout de même se plaindre des deux mêlées à 5 mètres qui se sont soldées par aucun point. Si Henry manquait deux pénaltys dans un match de football contre l'Italie on lui en voudrait et on aurait raison. Ces mêlées équivalent presque à des penaltys de football dans un match aussi serré que ce type de match. Une pénalité pour un placage haut ni vraiment volontaire, ni dangereux sur Robinson, un drop assassin de Wilkinson, la France craque au plus mauvais moment. La timide réaction de dernière minute n'y changera rien. La France s'incline encore face à son rival de toujours.

LA FRANCE NE JOUE PLUS :

On reproche logiquement aux bleus de ne pas avoir produit plus de jeu, plus joué au large, où la différence semblait faisable. Cependant Serge Simon posait, aujourd'hui sur RMC, la question d'un plan B : l'équipe de France était-elle capable de fournir un autre jeu que celui fourni ? On est en droit de se poser la question tant les bleus ont paru incapables de mettre en place des combinaisons, d'envoyer des ballons sur l'aile, d'accélérer le jeu. Peut-être a-t-il manqué un leader sur le terrain capable de mettre en marche un jeu offensif, de dire à ses partenaires « maintenant on joue tous les ballons et on les va les faire plier ». Et la France avait largement de quoi faire plier le XV de la rose. La vision de jeu de Skrela, la puissance de Rougerie, la malice de Mignoni auraient pu changer l'issue de ce match. Facile de faire ce genre de supposition après le match mais Skrela avait le profil parfait pour un match de ce genre : joueur revanchard, complet techniquement, très intelligent dans ses choix. J'avais déjà évoqué ma préférence pour Rougerie par rapport à Heymans dans un billet précédent et la performance du toulousain tend à me donner raison. Bernard Laporte rappellait la satisfaction d’avoir quand même battu la meilleure équipe du monde… il n’était sûrement pas le seul à être resté bloqué la semaine dernière.

LA VICTOIRE DE LA DEFENSE :

Dans cette coupe du monde bizarre, trois des quatre équipes qui jouent le mieux et le plus au rugby (Nouvelle Zélande, Australie, France) ont déjà été éliminé. La France avait sorti les Blacks en les prenant en contre mais dans un match sublime par son intensité et les initiatives prises. Hier la France est sorti dans un match beaucoup plus terne, presque ennuyeux tant les joueurs se sont regardé au lieu de provoquer. Jacques Verdier, directeur des rédactions de Midi Olympique, désire déjà entamer le débat sur les règles du rugby parce que voir l'Angleterre en finale et peut-être l'Argentine, cela prouve clairement que le rugby de mouvements, de passes rapides, de balle en main est aujourd'hui en péril. Fabien Galtié, dans Stade 2, souligne également des changements de règles datant de 1999 qui permettent aux défenses de se replacer plus rapidement. Tous ceux qui aiment le beau rugby sont donc derrière l'Afrique du Sud, seule nation du tri nations encore en lice, seule nation du tri nations capable de gagner un match avec son pack au besoin (cf Afrique du Sud – Fidji). TF1 devait déjà se frotter les mains à l'idée d'une revanche France-Argentine en finale. Espérons alors que ce sera plutôt la revanche du 36-0 infligé par l'Afrique du Sud à l'Angleterre plutôt qu'un Argentine-Angleterre qui s'annonce sans saveur.

Rugby – Black and White

Bernard Laporte et le staff de l'équipe de France ont reconduit les 22 qui ont battu les Blacks, samedi dernier. Pas vraiment de surprise donc même si beaucoup attendaient Michalak en titulaire. L'ex ouvreur de Toulouse a été décisif dans le match contre la Nouvelle Zélande en offrant l'essai de la victoire à Jauzion, mais Bernard Laporte semble plus le considérer comme un joker et le match de la semaine dernière semble lui donner raison. Dure coupe du monde pour David Skrela, il n'a joué que le match perdu contre l'Argentine et ne figure toujours pas dans le groupe qui jouera l'Angleterre. Lui qui avait emmené les bleus vers la victoire du tournoi des 6 nations il y a quelques mois ne semble pas être dans les plans du sélectionneur. Malgré sa très mauvaise performance contre les Pumas, le joueur du stade français a été très constant cette saison et il pourrait jouer en premier centre faisant passer Jauzion en second centre, remplaçant un David Marty percutant mais pas irréprochable en défense.

LA STRATEGIE D'ATTENTE :

Ce qui paraît bizarre avec le XV qui sera titulaire c'est que l'on semble se diriger vers une stratégie similaire à celle jouer contre les Blacks en première mi-temps : beaucoup de jeu au pied, du gagne terrain et du jeu uniquement dans le camp adverse. Contre les Néo-Z, cette tactique avait permis de limiter la casse à la mi-temps ; c'était indispensable pour rester dans le match et se donner les moyens de faire douter les joueurs de Graham Henry en deuxième mi-temps. Contre les anglais on sait d'avance que l'on ne se retrouvera pas à 25 ou 30 points à la pause puisque ce n'est pas une équipe très joueuse. Le bénéfice d'une stratégie d'attente en première période est donc quasi nul.

Peut être que les consignes seront alors différentes malgré les mêmes joueurs alignés : Beauxis est aussi capable de faire joueur, d'accélérer le jeu, de percer même s'il est catalogué comme un pied, Traille pourrait profiter de sa taille (1.94 m tout de même !) pour lancer des chandelles à suivre plutôt que de chercher les touches systématiquement. De même Clerc et Heymans ne se sont pas vraiment exprimé balle en main samedi dernier alors qu'ils ont tous deux des qualités d'appui, de débordement qui donneront des possibilités de relances ou de jouer des ballons côté fermé. Heymans ne me paraît cependant pas être le meilleur choix d'ailier : dans le même registre de joueur puissant et rapide, Rougerie a une meilleure capacité à percer une défense resserrée comme risque de l'être celle des anglais.

En ce qui concerne les avants, les vétérans Ibanez, De Villiers et Pelous ont semblé dépassés dans l'intensité physique face à des Blacks maîtres en ce domaine. Cependant leur expérience pourrait être un plus dans un match qui s'annonce plus tactique que guerrier. Si cela n'était pas le cas, Szarzewski, Poux, Harinordoquy et notre Chabal national se chargeraient de remettre de l'intensité dans les impacts comme ils l'ont fait en rentrant contre les Blacks.

Rugby – Ils l’ont fait !!

Tout le monde attendait ce match France Nouvelle Zélande. Il était prévu pour la finale mais en rugby il y a toujours des surprises en encore plus en coupe du monde que dans les autres compétitions.

Première surprise dès le premier match de la coupe du monde puisque la France déjoue complètement et s'incline 17-12 dans un stade de France que les argentins du stade français connaissent presque aussi bien que nos bleus.

Mais la plus grosse surprise a été de voir cette équipe de France venir à bout des All Blacks dans un match avec une tension presque insoutenable. Le plan de jeu de la France si critiqué qui consistait dans un premier temps à repousser les blacks au pied n'a peut être pas permis de faire la différence mais a au moins eu le mérite de laisser les bleus avec un écart réduit à la pause (13-3). On sentait cette équipe de France capable sur les rares attaques portées de la première mi-temps (très bon premier temps de jeu conclu par un drop manqué de Traille). Le jeune prodige Beauxis, aligné malgré les critiques, perd son duel à distance face à Carter lors des 40 premières minutes justifiant l'avance des néozélandais.

Les All Blacks se sont laissé surprendre par le changement de stratégie du XV français en deuxième mi-temps. On savait Jauzion capable de beaucoup mieux que ce qu'il avait fait en match de poule, il a confirmé qu'il est bien l'un des cinq meilleurs centres du monde avec une performance exceptionnelle défensivement bien sûr mais offensivement enfin ! En effet le toulousain est omniprésent dans la finition du premier essai français : il adresse une très longue sautée à Thion qui créé un temps de jeu, puis Jauzion positionné en 9 pour réoriente le jeu grand côté. Après un autre ruck sorti par Elissalde, Jauzion lance une passe tendue qui saute Chabal pour Clerc celui-ci sert Dusautoir bien lancé qui échappe au placage et libère la France. L'orientation du jeu du tandem Jauzion-Elissalde a été parfaite sur cette action : un point de fixation au large à gauche, une ouverture grand côté pour se retrouver avec deux cotés disponibles, une ouverture puis deux passes rapides sur le côté en surnombre, du grand art.
Et puis bien sûr Jauzion est à la conclusion du second essai. Suite à une mêlée tournée libérée dans le fermé par Harinordoquy, Traille fixe deux défenseurs et passe les bras au bon moment mais en avant pour Michalak. Fraîchement entré en jeu la star française fait la différence par son accélération… et sa libération de balle : il cherche extérieur avant de se retourner et de trouver Jauzion seul dans l'axe, celui-ci termine le travail proprement grâce à une prise de balle très sûre. La France est, semble-t-il, allée trop vite pour les Blacks mais aussi pour l'arbitrage puisque ni l'arbitre de touche, masqué par Heymans, ni l'arbitre central, déjà distancé par Traille, ne signalent un en-avant flagrant dont on doit encore parler en Nouvelle Zélande.

La France fait subir à Graham Henry sa 6ème défaite pour 42 victoires avec les « tout noirs ». Mais contrairement à celle subie face à l'Australie dans le dernier Tri Nations, où ses joueurs étaient complètement sortis du match après la mi-temps, là on doit cette surprise à une réaction énorme des bleus et quelques coups du sort. La sortie de Carter, l'essai manqué pour quelques centimètres par Ali Williams et puis pour finir cet en-avant non signalé autant de rebondissements que les coéquipiers d'un McCaw, pas décisif hier soir, ne doivent pas digérer.

Ce match a été superbe par l'engagement, le duel permanent, le refus de lâcher des points à l'adversaire (symbolisé par la défense acharnée des bleus qui ne prend pas de points pendant quasiment 10 minutes de temps jeu néozélandais), la qualité technique (essai superbe de Dussautoir ou de So Oialo). Ce match aurait mérité d'être une finale et ce sont probablement les deux meilleures équipes du monde qui se sont affrontés hier pour nous donner l'un des plus beaux matchs de cette coupe du monde. Coupe du monde qui ne réussit pas aux Blacks, chaque fois favoris et qui n'en ont remporté qu'une. C'est même paradoxalement cette année qu'ils étaient peut être le plus favoris depuis 1999 et ce quart de final est le pire résultat pour le « Brésil du rugby » en coupe du monde. Malgré cinq Tri Nations remportés sur les six dernières éditions, les Blacks n'y arrivent toujours pas dans la plus prestigieuse des compétitions internationales.

La France confirme que le « French Flair » n'est pas mort et, après des débuts calamiteux, entrevoit maintenant d'aller au bout de cette coupe du monde. Cependant « le match le plus dur c'est toujours le prochain », Laporte n'oubliera pas de le rappeler aux joueurs.

Rugby - Le XV de Laporte contre les Blacks

XV de départ : Traille; Clerc, Marty, Jauzion, Heymans ; (o) Beauxis, (m) Elissalde ; Dusautoir, Bonnaire, Betsen ; Thion, Pelous ; De Villiers, Ibanez (cap.), Milloud.

Voilà l'équipe qui aura pour mission de battre la Nouvelle Zélande. En ce qui me concerne j'avais bien vu en titularisant une charnière Beauxis - Elissalde mais je n'ai que 8 joueurs en commun avec le staff de l'équipe. Chabal, sur le banc, sera donc un joker et pourra imposer son physique en fin de match.

Rugby – Qui pour affronter les Blacks ?

Cette question est restée en suspens depuis la défaite contre l'Argentine mais la réalité revient très vite. La France s'est bien reprise sans être aussi écrasante que ne peuvent l'être les nations du Sud mais en montrant quand même d'énormes qualités dans le jeu. Le bonus offensif était jouable contre l'Irlande mais, dans le « match de la peur », Elissalde a préféré logiquement engranger des points plutôt que de jouer les essais.

Les premières minutes du match ont été marqué par la fébrilité des deux équipes : on jouait à gagne terrain sans même trouver de touche. On a bien vu que la grosse carence du XV de France est le jeu au pied tactique. On ne trouve pas les touches et cela a porté préjudice bien sûr contre l'Argentine.

L'analyse de Jonah Lomu du match Ecosse – NZL dit ceci : « Les All Blacks ont assiégé le terrain écossais avec 70% du temps passé dans leur partie et près de 60% de possession de balle ». Résultat 40-0 malgré beaucoup d'erreurs de mains des Blacks que l'on peut attribuer aux couleurs de maillots qui étaient très ressemblants. Il faudra donc pour les bleus, s'ils rencontrent les « touts noirs » avoir un jeu au pied performant permettant d'aller jouer dans leur camp.

Au sujet de cet équipe de France on a des éternelles questions sur l'équipe alignée : les deux derniers matchs ont vu la filière toulousaine s'affirmer et a comme arguments les deux victoires qui ont relancé la France dans sa coupe du monde : Elissalde, Michalak Traille, Clerc, Marty, Poitrenaud et Heymans ont battu Namibie et Irlande consécutivement. Jauzion, Rougerie, Dominici, annoncés comme des piliers ont été condamnés à regarder les autres jouer. Certains sont quand même rentrés en fin de match contre l'Irlande. Comment va-t-on organiser nos lignes arrières qui seront confrontés à la meilleure ligne offensive du monde : Howlett, Rokocoko, Mauger, Mc Allister, Mac Donald sans oublier les la charnière étincelante Kelleher-Carter ? Les choix vont être difficiles mais il ne faudra pas se tromper.

LA QUESTION DE L'OUVREUR :

Je parlais plus haut de l'importance du jeu au pied. En coupe du monde il est de la plus grande importance de bien gérer les coups de pieds. Pour preuve l'Afrique du Sud et l'Angleterre sont devenues championnes du monde sur des drops. On peut aussi se souvenir de la victoire de la France contre les Blacks en 1999 ou Titou Lamaison avait été extraordinaire. Je vais considérer que le jeu au pied est l'œuvre de l'ouvreur ; à l'inverse de Laporte qui fait jouer Traille pour suppléer Michalak. Ainsi on a le choix entre Beauxis, Michalak et Skrela.

Beauxis a probablement l'avantage sur le jeu au pied grâce à la puissance de celui-ci. Sa jeunesse (21 ans) et le manque d'expérience qui va avec, jouent en sa défaveur. Le fait qu'il ait très peu joué et qu'il est peu connu des autres équipes peut être un plus si Laporte le conserve comme arme anti Black. Tout le monde regarde les vidéos de tout le monde donc un joueur n'ayant pas joué peut dérégler toute une stratégie adverse. De plus il est un très bon buteur ce qui ne l'oblige pas à être aligné avec Elissalde et tout aussi capable, ballon en main, de prendre des intervalles en puissance et en vitesse.

Skrella a lui toutes les qualités d'un joueur de rugby : très bonne technique balle en main, bonne qualité de passes, coups de pieds sûrs (sauf contre l'Argentine malheureusement), excellent plaqueur et joueur capable de lire le jeu de l'adversaire. On peut lui reprocher d'être moins rapide que Beauxis ou Michalak mais techniquement c'est un parfait. Il a été le numéro un indiscutable qui a mené les bleus à la victoire dans le tournoi des six nations, profitant il est vrai de l'absence de Michalak. Il est aussi champion de France avec le Stade Français, il reste sur une saison exceptionnelle. Ce qui pourrait l'empêcher de jouer ouvreur contre les Blacks : il revient d'une légère blessure, il a manqué son rendez vous contre l'Argentine, le choix tactique d'une équipe plus rapide que technique, il peut jouer en premier voire second centre.

Quant à Michalak, fier de son burger et de son très bon bilan pendant cette coupe du monde (2 victoires, des coups de pieds offensifs décisifs contre l'Irlande), il est le choix de la continuité : le fameux « on ne change pas une équipe qui gagne». Sa vitesse et la rapidité de ses prises de décisions permettent d'accélérer facilement le jeu des lignes arrière. Son manque de puissance athlétique, comparé aux deux autres prétendants au poste, un est inconvénient face aux néozélandais. Autres éléments importants en sa défaveur : les coups de pieds tactiques et le rôle de buteur ne font pas partie de ses qualités ; il faut donc un autre joueur pour compenser ses manques. Il en a même fallu deux contre l'Irlande : Elissalde en buteur et Traille en tacticien. Avec Michalak en 10 on est alors obligé d'avoir soit Elissalde, Beauxis, Skrella ou Traille sur le terrain fermant alors la porte à Marty, Mignoni ou Jauzion selon les choix de l'entraîneur. On est aussi obligé à chaque coup de pied de dégagement d'inverser l'ouvreur et le premier centre, ce qui n'est pas la meilleure chose pour taper sous la pression que les coéquipiers de McCaw risquent de mettre sur les bleus.

MON EQUIPE :

Je me suis principalement intéressé au rôle de l'ouvreur qui sera à mon sens primordial avec celui du buteur mais les avants auront bien entendu une très grande importance dans la récupération des ballons. Voilà donc l'équipe que j'alignerais contre les Blacks, en considérant qu'il n'y aura pas de blessés contre le Géorgie. Une équipe qui allierait selon moi vitesse (Clerc, Beauxis, Poitrenaud, Dusautoir), percussion (Chabal, Thion, Nallet, Rougerie, Jauzion), défense (Jauzion, Skrela, Chabal, Thion), mêlée (Mas, Ibanez, Thion, Nallet), technique (Jauzion, Skrela, Elissalde), jeu au pied (Elissalde, Skrela, Beauxis) et de nombreuses possibilités de buteur (Elissalde, Beauxis, Skrela).